En décembre 2011 se déroulait, à Nouakchott en Mauritanie, le 26e congrès de la Conférence internationale des barreaux de tradition juridique commune (CIB), auquel j’ai eu le privilège de participer en compagnie de l’ancien bâtonnier du Québec, Me Henri Grondin, Ad. E.
Ma participation à ce congrès m’a permis de constater à quel point il est important, pour le Barreau, de réaliser sa mission internationale et ainsi de s’ouvrir sur le monde, pour le plus grand bénéfice de ses membres, pour le Québec et pour l’avancement de la règle de droit, chez nous et ailleurs. C’est en outre tout à fait conséquent avec le profil de l’avocat 2021 et sa place dans le monde.
La CIB
La CIB a pour objet de créer une structure de coopération entre les barreaux de pays de tradition juridique commune, essentiellement les barreaux francophones. Elle regroupe des barreaux affirmant un idéal d’indépendance et dont les organes directeurs sont démocratiquement désignés par les avocats eux-mêmes. Dans le respect de l’autonomie des barreaux, la CIB vise à les aider à développer un état de droit dans chacun de leur pays. Elle entend aussi mettre en œuvre la notion du caractère universel des droits de l’homme et en particulier, les droits de la défense.
Depuis plusieurs années, la présence du Barreau du Québec au sein de la CIB est assurée par le bâtonnier Grondin, qui y est connu comme Barabbas dans la Passion. En effet, celui-ci nous y représente dignement depuis longtemps. Ma présence à ses côtés, cette année, a été perçue, tant par nos confrères africains qu’européens, comme un signe tangible de l’intention du Barreau du Québec d’y prendre une part plus active, plus dynamique. À preuve, et sans préavis, il m’a été demandé d’agir comme président de la première plénière du congrès qui portait sur Le rôle des Barreaux dans un état de droit. On ne pouvait tomber sur un sujet qui me passionne davantage!
La Mauritanie
Dans ce magnifique pays, serti entre le désert du Sahara et l’océan Atlantique, je me suis fait des amis, dont cet avocat, Salem, chargé de coordonner l’accueil des confrères et consœurs venus d’ailleurs. Je garde aussi le souvenir d’un pays où la misère ne vient pas à bout d’une joie de vivre extraordinaire et d’une ferme volonté d’améliorer son sort. Les témoignages de juristes émus aux larmes, qui avaient été emprisonnés et condamnés à mort pour avoir exercé la profession la plus noble, puis libérés grâce aux pressions du barreau mauritanien, ont certes été l’événement marquant de ce congrès. J’étais toutefois embarrassé lorsque j’ai été interpellé au sujet de ces sociétés canadiennes qui exploitent les ressources naturelles et contre lesquelles pèsent de lourdes accusations de contamination des populations avoisinantes…
La place du Barreau du Québec
Sur place, j’ai constaté que le Barreau du Québec n’occupe pas suffisamment l’espace qu’il devrait au sein de la CIB. D’excellentes présentations y ont été faites durant le congrès par les bâtonniers de Grenoble, Liège, Abidjan, Kigali, Lyon, Kinshasa, ainsi que d’autres représentants d’organismes comme ASF, Initiadroit-Paris, Prisonniers sans frontières, spécialistes de divers domaines, dont la médiation, l’arbitrage, etc. Aucune intervention par des avocats québécois, là où nous aurions pourtant une vitrine exceptionnelle pour contribuer, nous faire connaître.
Ce sont donc nos confrères d’autres barreaux qui se font inviter, par la suite, à collaborer, élargissant ainsi leurs réseaux; ils font valoir leur expertise dans des domaines aussi variés que la médiation, l’arbitrage, l’aide juridique, la déontologie, le droit des TI, des affaires, la gouvernance des barreaux, l’éducation juridique populaire, le pro bono, la recherche informatisée, etc.
Nous pouvons, sur ces sujets et bien d’autres encore, apporter beaucoup aussi comme Barreau et avocats du Québec. En effet, un grand nombre de bâtonniers d’Afrique de l’Ouest et du Nord sont venus me dire à quel point ils souhaitent mieux connaître le Barreau du Québec. Plusieurs bâtonniers de ces pays francophones se sont dits très intéressés à convenir d’un protocole de jumelage avec le Barreau du Québec, l’une ou l’autre de ses sections ou avec nos jeunes barreaux – les jeunes avocats de la CIB sont particulièrement actifs et intéressés au Québec. Des jumelages actifs visant l’échange d’expertises réelles et utiles! J’ai pu constater à quel point les atouts du Barreau du Québec et de ses membres sont perçus positivement par nos confrères africains : bilinguisme, bi-juridisme, histoire issue de l’Europe, en terre d’Amérique voisin des USA et, comme eux, ancienne colonie. Il ne peuvent en demander plus m’ont-ils clairement laissé entendre!
Les dirigeants de la CIB m’ont assuré que, s’il le souhaite, le Barreau du Québec, avec ses partenaires, y occuperait toute la place qu’il mérite au prochain congrès qui aura lieu en décembre 2012 à Kigali, au Rwanda. Il y a tant de savoir-faire et d’expertises que nous pouvons partager, de besoins auxquels nous pouvons répondre tout en ouvrant et découvrant des réseaux importants pour nos membres.
La place que le Québec y mérite est d’ailleurs importante. Il ne faut pas négliger qu’au sein de la francophonie, notre Barreau, qui compte 24 000 membres, est un joueur majeur. Je crois que cela nous impose certaines responsabilités tout en nous offrant de belles opportunités.
D’abord, nous avons la responsabilité de soutenir nos confrères des pays francophones qui vivent des difficultés, ne serait-ce que dans leur liberté et leur indépendance comme avocats. Responsabilité de les accompagner dans leur combat pour l’instauration d’un état de droit chez eux. Ce combat a d’ailleurs été exposé de façon très émouvante par le bâtonnier de Mauritanie, qui a insisté pour dire à quel point la présence de la CIB dans son pays, malgré le manque d’enthousiasme des autorités, a comme effet d’aider son barreau a y acquérir davantage de légitimité face au gouvernement et de renforcer son indépendance, si importante dans son rôle de défenseur de l’état de droit. Cela leur fait chaud au cœur et leur donne la détermination pour continuer le combat. Même chose en ce qui concerne la Tunisie, où les membres du Barreau y ont été des acteurs cruciaux dans la révolution qui, au printemps dernier, mit fin à la dictature. Ces avocats y ont été de véritables combattants, portant leur robe noire comme seule arme! Je vous assure que ces faits d’armes m’émeuvent et, je le crois, ont l’heur d’attiser le sentiment de confrérie qui nous habite et nous rend fier d’être avocat!
Responsabilité comme Barreau de faire rayonner le Québec et ses avocats, partout dans le monde, grâce à ce type de forum que nous offre une organisation comme la CIB au sein de laquelle nous pouvons jouer un rôle de premier plan. Les possibilités pour nos avocats de satisfaire de nouveaux besoins, ici et ailleurs, ne peuvent qu’être augmentées, comme l’ont bien compris nos confrères Français, Belges, Suisses ou Luxembourgeois.
Responsabilité d’apprendre davantage sur les autres et sur nous grâce aux échanges et rencontres qu’on y fait. J’ai appris, notamment de ces confrères qui ont vécu intimidation, persécution et autres actes répréhensibles, précisément en raison de leur rôle comme avocat. J’y ai appris que c’est leur barreau qui s’est porté à leur défense. Ce faisant, leur barreau a accompli l’un de ses rôles fondamentaux au sein d’un état de droit : se porter à la défense du droit à la défense. J’en ai acquis l’intime conviction qu’il est du devoir du Barreau du Québec, en terre québécoise et canadienne, en tant que gardien de la primauté du droit, de condamner tout geste d’agression ou d’intimidation qui puisse être porté contre des avocats exerçant leur fonction du droit à la défense, gestes dont nous avons malheureusement été témoins ces derniers mois. C’est certainement le rôle premier du Barreau et ce sont mes confrères mauritaniens qui m’ont permis d’en saisir l’essence et d’en apprécier l’importance. Je leur dis merci!
L’effet miroir, en côtoyant les barreaux étrangers, nous envoie ce reflet de nous-mêmes et nous rappelle à quel point l’état de droit est comme un géant aux pieds d’agile : la moindre violation de quelque principe de primauté du droit que ce soit porte en elle les germes de violations de droits fondamentaux. L’imminent Bilan de l’état de droit au Québec que publiera le Barreau du Québec ne sera certainement pas inutile pour sensibiliser le grand public et le gouvernement à cette réalité.
Vos suggestions
Je vous invite à me faire savoir ce qui, pour vous, seraient les meilleurs atouts et expertises de nos avocats québécois à faire partager aux barreaux membres de la CIB. Je m’engage à y travailler, pour eux, pour le Barreau et pour vous! Je vous invite aussi à aller cliquer sur J’aime sur la page Facebook de CIB – Conférence des pays de tradition juridique commune que j’ai créée sur le chemin du retour…
Et comme on dit en Mauritanie : Inch Allah!
